Dimanche 27 septembre 2009
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J'imaginais très bien une jolie maison de campagne du gers de plein pied avec autour des champs, des arbres et un petit ruisseau (j'en demande peut-être beaucoup -_-"). Je voyais aussi parfaitement
ce petit garçon de dix ans pas très bien réveillé descendre en pijamas l'escalier qui le mênerait à la cuisine. Et pourquoi pas, plus tard, les souvenirs presques effacés d'un homme
d'affaires réveillé un pleine nuit par des images de son passé.
Certaines choses ne s'oublient pas. D'autres si. C'est le cas de mon enfance. Je me rappelle les odeurs et les bruits mais hélas, aucun souvenir précis.
Je me souviens l'odeur du pain en train de lever entre quatre et cinq heures chaque matin. Cette odeur entêtante m'incitait à quitter la douce chaleur de ma couette tous les matins entre six et
sept heures. Je la suivais et elle me guidait de ma chambre à la cuisine. Elle m'animait comme un pantin soudainement articulé. Je traversais le couloir, mes pieds nus sur la tiédeur du bois puis
je descendais l'escalier en en faisant grincer et craquer chaque marche. Je connaissais par coeur les marches à éviter et celles sur lesquelles passer. Cet escalier n'avait aucun secret pour moi.
Puis je posais un premier pied sur le carrelage glacé de la cuisine. Je frissonnais de ce changement soudain de température mais ne m'arrêtais pas. Dans la cuisine, il n'y avait personne mais sur
la table attendaient un grand bol de chocolat chaud et des tartines grillées avec du beurre et de la confiture. Déjà préparées, prêtes à être mangées. Je m'asseyais sur le grand tabouret de ma
grand mère et mes pieds ne touchaient plus le sol. Et puis je mordais à pleines dents dans mes tartines et m'en mettais systématiquement partout ! Et pour finir je buvais mon chocolat. Je me
souviens du rire de ma grand-mère quand elle me disait que j'avais encore bu trop vite et que j'avais "la moustache".
Je me souviens aussi de l'odeur des patisseries que ma grand-mère mettait au four et auxquelles je n'avais pas le droit de toucher avant quatre heures de l'après-midi.
Je me souviens de l'odeur de la viande qui mijotait plusieurs jours durant avant qu'on puisse enfin la goûter. Mon grand bonheur, c'était de me faufiler discrètement dans la buanderie, soulever le
couvercle du plat dans lequel mijotait la viande et y tremper le doigt pour goûter avant tout le monde. Aujourd'hui encore, j'ignore comment faisait ma grand-mère pour savoir ce que je faisais mais
de l'autre bout de la maison j'avais toujours le droit à l'habituel "siffle !". Comment voulez-vous siffler avec quelque chose dans la bouche ? Je me faisais toujours avoir mais à part cela, ma
grand-mère ne disait jamais rien et me laissait toujours faire. Il y avait même souvent un morceau de pain étrangement abandonné à côté du plat, morceau dont je me servais évidemment pour
goûter.
De même, quand j'avais soif et que je ne voulais pas être obligé par la suite de laver un verre, je buvais à la bouteille, chose rapidement et parfaitement apprise grâce à mon grand-père au grand
désespoir de ma grand-mère et de mes parents.
Je me souviens encore du TIC-TAC incessant de la pendule du salon. Elle ne s'arrêtait jamais car en plus de sonner les heures, elle sonnait aussi les demi-heures. Petit, je n'aimais pas cette
pendule. Elle me faisait peur. Mais les années passant ... et aidant, j'ai appris à l'aimer. Elle est passée de terrifiante à adorée. Quand il n'y avait personne à la maison et que cela me faisait
peur, je m'asseyais à ses côtés et je l'écoutais. J'avais la sensation qu'elle me protégeait. Son TIC-TAC m'enveloppait et devenait comme une chaude couverture jetée sur mes épaules. Le jour où
elle a cessé de fonctionner, mon grand-père l'a ammenée à la décharge et ce jour-là, une partie de moi m'a abandonné pour rester à ses côtés.
Je me souviens encore du cliquetis des bottes de mon père sur le carrelage de la terrasse. Quand je l'entendais, je savais que c'était lui. Ce ne pouvait être que lui. Ce bruit n'appartenait qu'à
lui. Du moment où retentissait le premier cliquetis jusqu'au moment précis où mon père franchissait la porte de la cuisine, je connaissais le nombre exact de pas qu'il faisait. Trente six. De même,
il avait toujours une foulée lente et régulière. Ca aussi c'était appaisant.
Mon dernier souvenir, c'est Confiture, le chat. Il était tout blanc avec juste une tâche noire sur le museau. Gamin, j'avais dit à ma grand-mère qu'avec cette tâche, il avait l'air d'avoir approché
les moustaches trop près de la confiture de mûres. Ce jour-là, j'ai tellement fait rire ma grand-mère qu'elle a bâptisé ce chat sans nom Confiture. Confiture était un chat aux poils très longs et
aux yeux jaunes. Il faisait toujours pleins de bêtises et se cachait pendant des heures pour éviter de se faire gronder. Ou alors il se prélassait tous les après-midi de beau-temps nonchalamment
affalé sur un recoin de la terrasse ou le soleil tapait jusqu'au soir. Parfois passait une souris ou un rat des champs. Alors Confiture ouvrait un oeil mais, trop épuisé par sa sieste, le refermait
aussitôt. Je me souviens de la douceur de ses poils quand j'y glissais la main, du ronronnement de satisfaction qui en découlait ou encore, de son étrange miaulement rauque quand il avait faim.
Confiture, en plus de ces traces là, m'en aura laissé d'autres, beaucoup moins agréables : celles des nombreuses griffures qui constellent mes mains, mes poignets et mes avant-bras. Qu'est-ce que
je l'aimais ce chat !
Seulement ... il est temps que je me rende à l'évidence. Tout ceci est une époque révolue et mes souvenirs ne se réduisent plus aujourd'hui qu'à des goûts, des odeurs, des sons et des griffures sur
mes bras.
Bien peu de choses en fait ...